FÉMINITÉ

Les Menstrues

Définition littérale des différents termes se rapportant aux menstrues et utilisés
  par les juristes musulmans
 

Le terme « al-haïd » désigne un écoulement ou un jaillissement  torrentiel. On dit par exemple que le ruisseau « hada » pour dire qu’il déborde et que l’eau y coule à flots. Le terme « al-haïd » signifie également écoulement menstruel de la femme. Les Arabes qualifient une femme réglée de « ha’id ». Le terme « mahid » désigne la période des règles et s’applique aussi au sang des menstrues. De la même racine provient le nom « hida » qui désigne la serviette que la femme applique à l’entrée du vagin pour absorber le sang menstruel.

Le terme « nafss » désignant le sang, une femme réglée peut aussi être désignée par le qualificatif de « noufassa ».

Il existe encore plusieurs autres qualificatifs provenant d’autres racines de mots pour qualifier la femme réglee : « tamth »,  « dahik », « firak », « i’car »  ou encore « ikbar ». (source numéro 9)

Acception juridique du terme « Al-haid » désignant les menstrues
 

Les juristes musulmans définissent « al-haid » (les menstrues) comme suit : « «El haid» consiste en l’élimination périodique de sang par le vagin chez la jeune fille ou la femme pubère et en bonne santé. Cet événement n’est autre que l’élimination périodique du sang utérin, pour autant que la personne ne soit ni enceinte, ni malade, et qu’elle n’ait pas atteint l’âge de la ménopause».

 

Analyse de cette définition juridique

Elimination périodique : La périodicité des règles (ou menstrues) est une condition fondamentale émise par les juristes musulmans. Il faut que ce sang soit la conséquence normale de l’activité cyclique qui caractérise le système génital de la femme, pour qu’il soit considéré comme des menstrues. C’est pourquoi il est important pour la femme de connaître la durée habituelle de sa période de règles, ainsi que le début de cette période, pour savoir si le sang qui s’écoule est bien du sang de règles, marquant la fin de son cycle menstruel.

• Elimination par le vagin : Le sang menstruel provient de l’utérus, et s’écoule par le vagin, lieu du rapport sexuel. Du sang qui s’écoulerait d’un autre endroit que le vagin ne pourrait être considéré comme étant du sang de règles. De même, du sang s’écoulant du vagin, mais ne provenant pas de l’utérus, comme par exemple le sang de la défloration, ne pourrait en aucun cas être confondu avec du sang de règles.

 •Jeune fille ou femme pubère : Les juristes musulmans considèrent les menstrues comme étant une indication majeure de la puberté de la fille ; l’arrivée des règles est considérée comme l’aboutissement du processus de transformation de la fillette en jeune fille.

Ni enceinte : la règle générale adoptée par les juristes est que la femme enceinte voit un arrêt des menstrues. Il y a toutefois des exceptions qui seront développées plus loin.

•Ni malade : Lorsqu’une femme voit s’écouler du sang, en provenance de l’utérus, en dehors de sa période de règles, les savants de l’Islam considèrent que c’est un signe de maladie (infection, hémorragie), qui ne s‘inscrit pas dans le cours normal du cycle menstruel de La femme. Il ne s’agit pas de sang de « haid » mais de « istihada » (sang menstruiforme). De même, pour l’école malékite, tout écoulement de sang en dehors de la période des règles, du à la prise de médicaments, ne peut être considéré comme du sang de règles. Nous réserverons la deuxième partie de cet ouvrage a l’étude de 1’istihada.

 •Qu’elle n’ait pas atteint l’âge de la ménopause : La ménopause, appelée «al-iyass », consiste en l’interruption définitive des mens­trues. C’est la fin de la fécondité de la femme, et la fin de la fonction des ovaires comme producteurs d’ovules. L’école juridique hanafite fixe cette limite d’âge à 50 ans ; mais si, avant l’âge de 55 ans, la femme voit revenir du sang qui a les carac­téristiques du sang des menstrues qui étaient les siennes, c’est encore considéré comme des menstrues.

L’école juridique hanbalite fixe la limite d’âge à 50 ans, mais prévoit une limite maximale à 60 ans. L’opinion commune de ces juristes est qu’une femme peut être réglée jusqu’à 50 ans, toutefois.

L’école juridique chafi’ite conseille à la femme de prendre en consi­dération les autres femmes de sa famille, pour déterminer l’âge de la ménopause. Ils ont par ailleurs fixé à 62 ans la limite maximale des menstrues.

L’école juridique malékite considère que les menstrues peuvent per­sister la femme jusqu’à l’âge de 50 ans ; si les menstrues persistent  après cette limite d’âge, ces juristes conseillent à la femme de consulter des femmes expérimentées, ou une doctoresse honnête et qualifiée.

En résumé, nous pouvons constater que l’opinion des juristes malékites est la plus fondée médicalement : en effet, entre les cycles menstruels normaux et leur arrêt définitif, il y a une période de transition qui, selon la médecine, peut durer jusqu’à un an ou deux. De plus les médecins admettent que l’âge de la ménopause peut être de 52 voire même 55 ans,  cela varie donc selon les femmes.

Durant la période de transition, avant l’arrêt définitif des menstrues, les cycles peuvent être perturbés : la femme doit alors être attentive à la date de survenue  de l’écoulement menstruel. Si leur irrégularité se confirme, l’avis d’un médecin (ou de préférence d’une doctoresse) honnête et compétent est conseillé. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue que l’intérêt porté, en Islam, aux menstrues, a une portée cultuelle. (source numéro 9)

 

Les caractéristiques du sang de «Haid »
 

· Liquide jaunâtre « as-soufra » : Un liquide jaunâtre (ou plutôt une sécrétion) peut sortir du vagin de la femme.

Abou Hanifa, Ach-Chafi’i, Ahmad Ibn Hanbal ainsi que l’Imam Malik dans un avis rapporté dans la « Moudawwana » c’est-à-dire, en définitive, l’unanimité « joumhour» des savants, sont d’accord pour dire que si ce liquide s’écoule en période de règles, il faut le considérer comme faisant partie des règles, mais que s’il s’écoule en dehors de la période des règles, il n’est pas considéré comme des règles.

·  Liquide de couleur trouble « al-koudra » : ce liquide non visqueux, de couleur claire mais trouble, est considéré par les quatre écoles juridiques comme faisant partie des règles, s’il survient durant la période des règles, mais comme sécrétion ou saignement ne faisant pas partie des règles s’il survient en dehors de la période des règles.

·  Sang de couleur rouge foncé : La couleur rouge foncé, voire même noirâtre, est la couleur typique du sang des règles, lorsqu’elles sont fortes. C’est même à cette couleur foncée que le l’on peu reconnaître  le sang des règles : c’est ainsi que Aïsha, l’épouse du Prophète  à rapporté que, à Fatima, la fille de Abou Houbaich, qui souffrait régulièrement de métrorragie, le Messager de Dieu dit : « Le sang des menstrues est un sang noir reconnaissable. Si tel est le cas, abstiens-toi de faire la prière mais si c’est l’autre, fais tes ablutions et prie ! »

·  Sang de couleur rouge vif : C’est une des couleurs du sang des mens­trues, couleur qu’il peut prendre tout au long de l’écoulement mens­truel ou seulement pendant une partie de celui-ci.

·  Sang dilué de couleur jaunâtre : C’est là une des couleurs que peut prendre le sang des règles. ‘Aicha, la mère des Croyants (Que Dieu soit satisfait d’elle) a raconté que lorsque les femmes lui envoyaient leur serviette avec du coton à l’intérieur, sur lequel il y avait du liquide jaunâtre de sang de règles, elle leur disait de patienter jusqu’à ce qu’elles aperçoivent une sécrétion blanchâtre dont l’écoulement marque la fin des règles.

· Sang de couleur verdâtre selon les hanafites, c’est là une des cou­leurs que peut également prendre le sang des règles. (source numéro 9)

 

 Durée de l'écoulement du sang de « Haid »
 

Durée minimale

L’imam Malik considère que le sang des règles peut s’écouler d’un seul coup, à condition qu’il coule à flots puis cesse.

L’imâm Abou Hanifa fixe, lui, la durée minimale à trois jours c’est ainsi que si la femme ne constate un écoulement de sang (au moment de ses règles) que pendant une seule journée, elle doit néanmoins se considérer comme réglée jusqu’à la fin des trois jours que 1’imam Abou Hanifa a fixé comme durée minimale des règles.

L’imam Chafi’i et l’imam Ibn Hanbal fixent tous deux la durée minimale à un jour et une nuit, c’est-à-dire un jour astronomique. Si le sang cesse avant la fin de cette journée complète, ils considèrent que le sang n’était pas du sang de règles. Cependant, ils ne posent pas comme condition l’écoulement permanent du sang pendant cette durée, car le sang des menstrues peut marquer des moments d’arrêt provisoire.

Durée maximale

 L’imam Malik fixe la durée maximale de l’écoulement sanguin à 15 jours. 15 jours est également la durée maximale pour l’imam Ach-Chafi’i. Ahmad Ibn Hanbal a donné deux opinions : l’une fixant la durée maximale à 15 jours, l’autre la fixant à 17 jours. L’imam Abou Hanifa a tranché pour une durée maximale plus courte, elle n’est que de 10 jours. En pratique, nous pouvons retenir qu’une majorité opte pour une durée maximale de 15 jours : au-delà des 15 jours, si l’écoulement de sang persiste, la femme le considère donc, non comme du sang de menstrues, mais de métrorragie (sang de maladie).  Il faut bien remarquer que nous venons là de détailler la position des juristes musulmans mais ceci ne dispense pas la femme d’avoir  recours à la médecine ou à l’expérience d’autres femmes, qui lui per­mettront d’être mieux éclairée sur son cas particulier, et de savoir mieux, dès lors, dans quelle catégorie elle se situe par rapport à ces positions juridiques. Sur le sujet, il n’y a pas de hadith auquel les savants se soient référés, excepté un avis de l’imam ‘Ali (Que Dieu soit satisfait de lui), fixant la durée maximale de l’écoulement des menstrues à 15 jours, et considérant tout écoulement de sang au-delà de ce temps comme métrorragie : c’est sur cet avis que se sont alignés les imams Ach-Chafi’i et Ibn Hanbal.(source numéro 9)

 

Cas particuliers en matière de menstrues
 

Cas où les menstrues perdurent

L’ensemble des docteurs considèrent que, dans le cas où le sang continue à couler au-delà de la durée maximale des règles, qui est de 15 jours pour la majorité d’entre eux, ce sang n’est plus considéré comme du sang de menstrues, mais comme un sang relevant de la catégorie des métrorragies «istihada». Il y a toutefois deux cas à envisager: celui de la débutante, et celui de la femme accoutumée en matière de règles.

La débutante «al-moubtadi’a» est une jeune fille qui est réglée depuis peu de temps, et dont le rythme ainsi que la durée des mens­trues ne sont pas encore bien réguliers.

L’Imam Malik et l’Imam Chafi’i enjoignent de ne pas prier pen­dant 15 jours aui représentent la durée maximale légale des règles mais mais tous deux acceptent que le sang des menstrues peut faire place à du sang de métrorragie avant le délai de 15 jours. Dans ce cas, l’imam Malik prévoit que dès qu’elle acquiert la certitude qu’il ne s’agit plus de sang de règles mais bien de sang de métrorragie, elle doit se remettre à prier, sans attendre que s’écoule le délai maximal de 15 jours. On a rapporté une autre opinion de l’imam Mâlik, qui stipule que la débutante doit prendre en considération une durée de règles analogue a celle des autres femmes de son entourage, y ajouter trois jours supplémentaires pour plus de certitude, puis se considérer en période de purification cyclique «tohr», c’est-à-dire ne plus se considérer en période de menstrues. L’imam Chafi’i, pour sa part, stipule que, dès qu’elle a la certitude qu’il ne s’agit plus de menstrues mais bien de métrorragie, elle doit considérer que ses menstrues ont duré le temps minimal légal prévu par cette école juridique, à savoir un jour et une nuit et que, au-delà de ce délai, il s’agissait déjà de métrorragie : l’imam Chafi’i lui enjoint donc de refaire les prières qu’elle n’avait pas faites au-delà de ce jour d’écoulement sanguin. Par ailleurs, les chafi’ites admettent aussi que l’on puisse se baser sur la couleur du sang pour faire la différence entre le sang des menstrues et le sang de métrorragie.

L’opinion de l’école juridique hanafite est que la débutante doit compter, pour ses règles, une durée maximale de 10 jours (c’est la durée maximale légale, pour cette école) et, au-delà, même si le sang coule encore, se purifier et recommencer à prier.

La femme accoutumée «aI-mou’tada» est une jeune fille ou une femme qui a ses menstrues de façon régulière. Dans ce cas particulier où les menstrues perdurent, elle constate tout-à-coup que, lors d’une de ses menstrues, l’écoulement de sang continue au-delà de la durée à laquelle elle était habituée.

- Deux avis de l’imam Malik nous ont été rapportés. Dans un cas, l’imam Malik a enjoint à la femme de prendre en considération la durée normale de ses règles, et d’y ajouter encore trois jours, pour plus de certitude, pour autant qu’elle ne dépasse pas ainsi le délai maximal de 15 jours, que l’imam Malik considère comme étant le maximum pour la durée des règles.

Au-delà, la femme doit considérer qu’il ne s’agit plus de sang de règles, mais de métrorragie «istihada», et se remettre à faire la prière. Dans un deuxième avis émis, l’imam Malik a enjoint à la femme de prendre d’emblée en considération la durée maximale légale des règles, qui est selon lui de 15 jours, et de se considérer en période de règles durant ce temps ou, si c’est une personne expérimentée qui sait faire la différence entre la couleur du sang des menstrues et la
couleur du sang de métrorragie, de juger de quelle sorte de sang il s’agit à partir de cette couleur.

- Pour l’imam Chafi’i, la femme doit se baser sur la durée normale de ses règles «’ada» et, au-delà de la durée normale, considérer qu’il ne elle s’agit plus de règles mais de métrorragie «istihada».

-Pour les hanafites, si le sang continue à couler sans interruption au-delà de la durée habituelle des règles de cette femme, elle doit le considérer comme du sang de règles « haïd», pour autant qu’elle ne dépasse pas la durée maximale des règles fixée par cette école juri­dique, comme nous l’avons déjà dit, à 10 jours. Si, par contre, l’écoulement de sang continue au-delà des 10 jours, les hanafites estiment qu’il y a là métrorragie mais, pour eux, la métrorragie a commencé dès la fin de la période habituelle des règles de cette femme elle doit donc refaire les prières qu’elles n’a pas faites depuis le moment où ses règles auraient dû se terminer. Par exemple, si la durée normale de ses règles est de 6 jours, et que l’écoulement per­siste encore 3 jours de plus, le total de 9 jours est inférieur à la durée maximale admise par cette école juridique la femme est donc considérée comme ayant été en règles durant 9 jours ; lorsque le sang s’arrête, elle se purifie et prie. Mais si, au-delà de la période habi­tuelle de 6 jours de règles, le sang persiste encore 6 jours, par exemple, la femme dépasse la durée maximale de 10 jours admise par les hanafites elle doit donc considérer que, après la durée habituelle de ses règles (6 jours), elle n’était plus réglée, mais souffrait de métrorragie, et donc était déjà légalement obligée de reprendre ses prières ; c’est pourquoi elle doit refaire toutes ces prières qu’elle n’a pas faites, mais aurait dû faire.

Nous pouvons conclure que l’opinion générale des docteurs se range autour de l’énoncé suivant la femme accoutumée «al-mou’tada» se base sur la durée habituelle de ses menstrues, mais aussi sur la durée maximale légale des menstrues, pour déterminer s’il s’agit encore de sang des règles, ou s’il s’agit de métrorragie.

Il faut remarquer qu’il peut arriver que la femme accoutumée voie ses règles s’interrompre puis reprendre. Ach-Chafi’i dit qu’elle doit alors calculer le total des jours durant lesquels elle a eu un écoulement de sang : elle est considérée comme ayant ses menstrues jusqu’à ce que le total des jours atteigne la durée maximale des menstrues, c’est-à-dire 15 jours. Lorsqu’elle arrive à un total de quinze jours d’écoulement sanguin, elle doit se purifier et considérer le sang qui coulerait encore par la suite comme étant de la métrorragie. L’imâm Màlik, quant à lui, dans une opinion qu’on a rapportée de sa part, lui préconise de calculer le total des jours durant lesquels elle a eu un écoulement sanguin, et de se considérer comme réglée aussi longtemps que ce total ne dépasse pas la durée habituelle de ses règles et, au-delà de ce temps, de se considérer comme atteinte de pertes «moustahada». Ibn Roushd Al-Qourtoubi, savant malékite (520-595H), a considéré les jours sans écoulement mens­truel comme faisant malgré tout partie de la durée des règles c’est pourquoi, selon lui, si le total des jours d’écoulement sanguin et des jours sans écoulement sanguin atteint le nombre de jours habituel des menstrues de la femme, celle-ci doit se purifier, et considérer tout écou­lement sanguin survenant au-delà de cette durée comme étant de la métrorragie.

Cas embarrassants:

La femme dite «al-mouhayyira» constitue un cas qui a embarrassé les docteurs il s’agit d’une femme qui avait un cycle menstruel régulier puis qui a vu ce cycle se perturber, présentant des différences de durée et de fréquence des règles.

En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant du point de vue de la durée de ses règles, c’est donc une femme qui sait prévoir à quelle date ces dernières vont survenir, mais ne peut en prévoir la durée.

-L’école hanafite a stipulé qu’une telle femme doit prendre en consi­dération la durée qui lui semble la plus probable par exemple, si elle a oublié si ses règles sont habituellement de 5 ou de 6 jours, mais incline à penser que 6 jours représente la durée la plus probable, elle doit tenir cette durée de 6 jours pour acquise. Si, au contraire, elle est dans le doute le plus complet quant à la durée de ses règles, l’école hanafite lui dit de se considérer réglée pendant la durée minimale fixée par cette école juridique, à savoir 3 jours, et de considérer comme faisant également partie de sa durée de règles les 7 jours sui­vants ainsi, elle atteint la durée maximale des règles fixées par cette école, qui est de 10 jours. Ce n’est qu’au-delà qu’elle doit se consi­dérer comme étant en période inter menstruelle, période appelée «période de purification cyclique», ou «tohr».

-Les malékites et les hanbalites stipulent qu’elle doit se considérer comme réglée pour la durée équivalente à celle des autres femmes de son âge et de son entourage.

En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant du point de vue de la date de début des règles, c’est une femme qui ne sait donc pas à quelle date ses règles vont survenir. Tout le problème, pour une telle femme, est de savoir, lorsqu’un écoulement de sang survient, s’il s’agit de ses règles, ou s’il s’agit d’une métrorragie. Puisqu’une telle femme contrairement au premier cas, connaît en principe la durée de et de ses règles, elle peut s’y référer.

-Ainsi, malékites, hanbalites et hanafites enjoignent à la femme accoutumée de se baser sur la durée habituelle de ses règles : sang qui surviendrait en surplus dans le courant du mois ne serait donc pas du sang de règles mais de la métrorragie.

-Les Chafi’ites, et ceci leur est particulier, lui conseillent plutôt de se baser sur la différence entre le sang des règles et celui de la métrorragie pour faire la différence entre l’un et l’autre. De même, si la femme est une débutante mais sait faire la distinction entre du sang de règles et du sang de métrorragie, les chafi’ites lui conseillent de se baser sur ce critère.

 -Les malékites, eux, conseillent à la femme débutante de se considérer comme réglée durant la période maximale prévue par les juristes, à savoir 15 jours, et de considérer tout sang qui surviendrait encore durant le mois comme sang de métrorragie.

-Les hanbalites prévoient que la débutante se base sur la distinction entre sang de règles et sang de métrorragie pour savoir quand com­mnencent ses règles et quand elles finissent et, si elle ne le peut, qu’elle se considère comme réglée durant 15 jours dans le mois.

-Les hanafites stipulent que la débutante doit se considérer comme réglée pour la durée maximale des règles prévue par cette école juri­dique, à savoir 10 jours, puis qu’elle doit se considérer comme en période du purification cyclique pendant 20 jours, après quoi elle doit se considérer à nouveau en période de règles.

En résumé, nous pouvons constater que l’école malékite et l’école Hanbalite se rejoignent sur le point de prévoir une purification cyclique équivalente à la moitié du mois, soit 15 jours, durant lesquels tout sang qui surviendrait ne serait pas du sang de règles.

 • En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant tant du point de vue de la durée que du point de vue de la date de début des règles, c’est donc une femme qui ne sait pas quand, ni pour combien de temps, elle doit se considérer comme en règles.

-Malékites et hanbalites lui assignent de se baser sur la distinction entre sang des règles et sang de métrorragie. Si elle ne sait pas faire la distinction, ils lui enjoignent de se considérer comme réglée durant 6 ou 7 jours du mois, car telle est la durée des menstrues chez la majorité des femmes.

-Chafi’ites et hanafites lui conseillent également de tenter de faire la distinction entre sang des règles et sang de métrorragie. Mais, si elle ne peut faire cette distinction, ils lui enjoignent de se considérer comme réglée pendant la durée minimale des règles prévue par ces écoles, à savoir respectivement 1 jour et 1 nuit (pour les chafi’ites) ou 3 jours et 3 nuits (pour les hanafites), après quoi elle doit se consi­dérer comme en période de purification cyclique, tout sang constaté durant cette période devant être considéré comme de la métrorragie.

Cas de la femme enceinte

La femme enceinte peut, exceptionnellement, avoir du sang, bien que la règle générale soit qu’il n’y ait pas de règles durant la grossesse. Les juristes musulmans divergent sur la façon avec laquelle il faut con­sidérer cet écoulement sanguin.

-Malik et Ach-Chafi’i admettent qu’une femme enceinte puisse être réglée, et l’admettent d’autant plus volontiers si l’écoulement san­guin survient au moment où la femme devrait avoir ses règles. Pour eux donc, les règles ne sont pas incompatibles avec l’état de la femme enceinte.

-Si Ach-Chafi’i la considère comme réglée pendant toute la durée habituelle de ses règles, il y a par contre des malékites qui n’admet­tent pas qu’une femme enceinte puisse être réglée pour eux, ce sang ne doit pas être considéré comme des règles.

-Abou Hanifa, Ahmad Ibn Hanbal, Ath-Thawri et d’autres juristes ne considèrent pas ce sang comme des règles, mais comme un sai­gnement maladif.

-Le plus grand nombre des juristes musulmans considèrent le sang survenant chez une femme enceinte, non comme des menstrues, mais comme des pertes pathologiques. Nous retrouvons la même attitude dans la médecine contemporaine qui conseille à la femme enceinte, en cas de pertes de sang, de se faire examiner au plus vite par une doctoresse, car la perte de sang peut être le signe d’une menace d’avortement, d’une grossesse extra-utérine ou d’un placenta mal situé, et donc nécessiter des soins ou des précautions particulières. Quant aux éventuelles (et rares) pertes de sang survenant à l’époque des règles théoriques chez une femme enceinte, elles auraient un aspect tout à fait différent du sang des règles.

Contrôle des règles

Ainsi que nous l’avons expliqué lors de l’analyse de l’acception juridique du terme de «haïd» (règles, menstrues), une des conditions pour considérer le sang vaginal comme du sang de menstrues est que la femme soit en bonne santé. Par ailleurs, l’écoulement sanguin, à une date bien précise et pour une durée déterminée dans le cycle menstruel est en lui-même signe de bonne santé. C’est pourquoi les juristes musulmans n’autorisent pas la femme à utiliser des médicaments pour empêcher l’écoulement du sang menstruel, ou pour en accélérer ou en hâter l’arrivée en effet, il y aurait là atteinte à sa santé, or la préservation de la santé est, en Islam, une obligation «wajib».(source numéro 9)