Cas
où les menstrues perdurent
L’ensemble
des docteurs considèrent que, dans le cas où le sang continue à
couler au-delà de la durée maximale des règles, qui est de 15
jours pour la majorité d’entre eux, ce sang n’est plus considéré
comme du sang de menstrues, mais comme un sang relevant de la catégorie
des métrorragies «istihada». Il y a toutefois deux cas à
envisager: celui de la débutante, et celui de la femme accoutumée
en matière de règles.
La
débutante «al-moubtadi’a» est
une jeune fille qui est réglée depuis peu de temps, et dont le
rythme ainsi que la durée des menstrues ne sont pas encore bien réguliers.
L’Imam
Malik et l’Imam Chafi’i enjoignent de ne pas prier pendant 15
jours aui représentent la durée maximale légale des règles mais
mais tous deux acceptent que le sang des menstrues peut faire place
à du sang de métrorragie avant le délai de 15 jours. Dans ce cas,
l’imam Malik prévoit que dès qu’elle acquiert la certitude
qu’il ne s’agit plus de sang de règles mais bien de sang de métrorragie,
elle doit se remettre à prier, sans attendre que s’écoule le délai
maximal de 15 jours. On a rapporté une autre opinion de l’imam Mâlik,
qui stipule que la débutante doit prendre en considération une durée
de règles analogue a celle des autres femmes de son entourage, y
ajouter trois jours supplémentaires pour plus de certitude, puis se
considérer en période de purification cyclique «tohr», c’est-à-dire
ne plus se considérer en période de menstrues. L’imam Chafi’i,
pour sa part, stipule que, dès qu’elle a la certitude qu’il ne
s’agit plus de menstrues mais bien de métrorragie, elle doit
considérer que ses menstrues ont duré le temps minimal légal prévu
par cette école juridique, à savoir un jour et une nuit et que,
au-delà de ce délai, il s’agissait déjà de métrorragie :
l’imam Chafi’i
lui enjoint donc de refaire les prières qu’elle n’avait pas
faites au-delà de ce jour d’écoulement sanguin. Par ailleurs,
les chafi’ites admettent aussi que l’on puisse se baser sur la
couleur du sang pour faire la différence entre le sang des
menstrues et le sang de métrorragie.
L’opinion
de l’école juridique hanafite est que la débutante doit compter,
pour ses règles, une durée maximale de 10 jours (c’est la durée
maximale légale, pour cette école) et, au-delà, même si le sang
coule encore, se purifier et recommencer à prier.
La
femme accoutumée «aI-mou’tada» est une jeune fille ou une
femme qui a ses menstrues de façon régulière. Dans ce cas
particulier où les menstrues perdurent, elle constate tout-à-coup
que, lors d’une de ses menstrues, l’écoulement de sang continue
au-delà de la durée à laquelle elle était habituée.
-
Deux avis de l’imam Malik nous ont été rapportés. Dans un cas,
l’imam Malik a enjoint à la femme de prendre en considération la
durée normale de ses règles, et d’y ajouter encore trois jours,
pour plus de certitude, pour autant qu’elle ne dépasse pas ainsi
le délai maximal de 15 jours, que l’imam Malik considère comme
étant le maximum pour la durée des règles.
Au-delà,
la femme doit considérer qu’il ne s’agit plus de sang de règles,
mais de métrorragie «istihada», et se remettre à faire la prière.
Dans un deuxième avis émis, l’imam Malik a enjoint à la femme
de prendre d’emblée en considération la durée maximale légale
des règles, qui est selon lui de 15 jours, et de se considérer en
période de règles durant ce temps ou, si c’est une personne expérimentée
qui sait faire la différence entre la couleur du sang des menstrues
et la
couleur du sang de métrorragie, de juger de quelle sorte de sang il
s’agit à partir de cette couleur.
-
Pour l’imam Chafi’i, la femme doit se baser sur la durée
normale de ses règles «’ada» et, au-delà de la durée normale,
considérer qu’il ne elle s’agit plus de règles mais de métrorragie
«istihada».
-Pour
les hanafites, si le sang continue à couler sans interruption
au-delà de la durée habituelle des règles de cette femme, elle
doit le considérer comme du sang de règles « haïd», pour
autant qu’elle ne dépasse pas la durée maximale des règles fixée
par cette école juridique, comme nous l’avons déjà dit, à 10
jours. Si, par contre, l’écoulement de sang continue au-delà des
10 jours, les hanafites estiment qu’il y a là métrorragie mais,
pour eux, la métrorragie a commencé dès la fin de la période
habituelle des règles de cette femme elle doit donc refaire les prières
qu’elles n’a pas faites depuis le moment où ses règles
auraient dû se terminer. Par exemple, si la durée normale de ses règles
est de 6 jours, et que l’écoulement persiste encore 3 jours de
plus, le total de 9 jours est inférieur à la durée maximale
admise par cette école juridique la femme est donc considérée
comme ayant été en règles durant 9 jours ; lorsque le sang
s’arrête, elle se purifie et prie. Mais si, au-delà de la période
habituelle de 6 jours de règles, le sang persiste encore 6 jours,
par exemple, la femme dépasse la durée maximale de 10 jours admise
par les hanafites elle doit donc considérer que, après la durée
habituelle de ses règles (6 jours), elle n’était plus réglée,
mais souffrait de métrorragie, et donc était déjà légalement
obligée de reprendre ses prières ; c’est pourquoi elle doit
refaire toutes ces prières qu’elle n’a pas faites, mais aurait
dû faire.
Nous
pouvons conclure que l’opinion générale des docteurs se range
autour de l’énoncé suivant la femme accoutumée «al-mou’tada»
se base sur la durée habituelle de ses menstrues, mais aussi sur la
durée maximale légale des menstrues, pour déterminer s’il
s’agit encore de sang des règles, ou s’il s’agit de métrorragie.
Il
faut remarquer qu’il peut arriver que la femme accoutumée voie
ses règles s’interrompre puis reprendre. Ach-Chafi’i dit
qu’elle doit alors calculer le total des jours durant lesquels
elle a eu un écoulement de sang : elle est considérée comme
ayant ses menstrues jusqu’à ce que le total des jours atteigne la
durée maximale des menstrues, c’est-à-dire 15 jours.
Lorsqu’elle arrive à un total de quinze jours d’écoulement
sanguin, elle doit se purifier et considérer le sang qui coulerait
encore par la suite comme étant de la métrorragie. L’imâm Màlik,
quant à lui, dans une opinion qu’on a rapportée de sa part, lui
préconise de calculer le total des jours durant lesquels elle a eu
un écoulement sanguin, et de se considérer comme réglée aussi
longtemps que ce total ne dépasse pas la durée habituelle de ses règles
et, au-delà de ce temps, de se considérer comme atteinte de pertes
«moustahada». Ibn Roushd Al-Qourtoubi, savant malékite (520-595H),
a considéré les jours sans écoulement menstruel comme
faisant malgré tout partie de la durée des règles c’est
pourquoi, selon lui, si le total des jours d’écoulement sanguin
et des jours sans écoulement sanguin atteint le nombre de jours
habituel des menstrues de la femme, celle-ci doit se purifier, et
considérer tout écoulement sanguin survenant au-delà de cette
durée comme étant de la métrorragie.
Cas
embarrassants:
La
femme dite «al-mouhayyira» constitue un cas qui a embarrassé les
docteurs il s’agit d’une femme qui avait un cycle menstruel régulier
puis qui a vu ce cycle se perturber, présentant des différences de
durée et de fréquence des règles.
•
En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant du
point de vue de la durée de ses règles, c’est donc une femme qui
sait prévoir à quelle date ces dernières vont survenir, mais ne
peut en prévoir la durée.
-L’école
hanafite a stipulé qu’une telle femme doit prendre en considération
la durée qui lui semble la plus probable par exemple, si elle a
oublié si ses règles sont habituellement de 5
ou de 6 jours, mais incline à penser que 6 jours représente la
durée la plus probable, elle doit tenir cette durée de 6 jours
pour acquise. Si, au contraire, elle est dans le doute le plus
complet quant à la durée de ses règles, l’école hanafite lui
dit de se considérer réglée pendant la durée minimale fixée par
cette école juridique, à savoir 3 jours, et de considérer comme
faisant également partie de sa durée de règles les 7 jours suivants
ainsi, elle atteint la durée maximale des règles fixées par cette
école, qui est de 10 jours. Ce n’est qu’au-delà qu’elle doit
se considérer comme étant en période inter menstruelle, période
appelée «période de purification cyclique», ou «tohr».
-Les
malékites et les hanbalites stipulent qu’elle doit se considérer
comme réglée pour la durée équivalente à celle des autres
femmes de son âge et de son entourage.
•
En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant du
point de vue de la date de début des règles, c’est une femme qui
ne sait donc pas à quelle date ses règles vont survenir. Tout le
problème, pour une telle femme, est de savoir, lorsqu’un écoulement
de sang survient, s’il s’agit de ses règles, ou s’il s’agit
d’une métrorragie. Puisqu’une telle femme contrairement au
premier cas, connaît en principe la durée de et de ses règles,
elle peut s’y référer.
-Ainsi,
malékites, hanbalites et hanafites enjoignent à la femme accoutumée
de se baser sur la durée habituelle de ses règles : sang qui
surviendrait en surplus dans le courant du mois ne serait donc pas
du sang de règles mais de la métrorragie.
-Les
Chafi’ites, et ceci leur est particulier, lui conseillent plutôt
de se baser sur la différence entre le sang
des règles et celui de la métrorragie pour faire la différence
entre l’un et l’autre. De même, si la femme est une débutante
mais sait faire la distinction entre du sang de règles et du sang de
métrorragie, les chafi’ites lui conseillent de se baser sur ce
critère.
-Les
malékites, eux, conseillent à la femme débutante de se considérer
comme réglée durant la période maximale prévue par les juristes,
à savoir 15 jours, et de considérer tout sang qui surviendrait
encore durant le mois comme sang de métrorragie.
-Les
hanbalites prévoient que la débutante se base sur la distinction
entre sang de règles et sang de métrorragie pour savoir quand commnencent
ses règles et quand elles finissent et, si elle ne le peut,
qu’elle se considère comme réglée durant 15 jours dans le mois.
-Les
hanafites stipulent que la débutante doit se considérer comme réglée
pour la durée maximale des règles prévue par cette école juridique,
à savoir 10 jours, puis qu’elle doit se considérer comme en période
du purification cyclique pendant 20 jours, après quoi elle doit se
considérer à nouveau en période de règles.
En
résumé, nous pouvons constater que l’école malékite et l’école
Hanbalite se rejoignent sur le point de prévoir une purification
cyclique équivalente à la moitié du mois, soit 15 jours, durant
lesquels tout sang qui surviendrait ne serait pas du sang de règles.
•
En ce qui concerne la femme dont le cas est embarrassant tant du
point de vue de la durée que du point de vue de la date de début
des règles, c’est donc une femme qui ne sait pas quand, ni pour
combien de temps, elle doit se considérer comme en règles.
-Malékites
et hanbalites lui assignent de se baser sur la distinction entre
sang des règles et sang de métrorragie. Si elle ne sait pas faire
la distinction, ils lui enjoignent de se considérer comme réglée
durant 6 ou 7 jours du mois, car telle est la durée des menstrues
chez la majorité des femmes.
-Chafi’ites
et hanafites lui conseillent également de tenter de faire la
distinction entre sang des règles et sang de métrorragie. Mais, si
elle ne peut faire cette distinction, ils lui enjoignent de se
considérer comme réglée pendant la durée minimale des règles prévue
par ces écoles, à savoir respectivement 1 jour et 1 nuit (pour les
chafi’ites) ou 3 jours et 3 nuits (pour les hanafites), après
quoi elle doit se considérer comme en période de purification
cyclique, tout sang constaté durant cette période devant être
considéré comme de la métrorragie.
Cas
de la femme enceinte
La
femme enceinte peut, exceptionnellement, avoir du sang, bien que la
règle générale soit qu’il n’y ait pas de règles durant la
grossesse. Les juristes musulmans divergent sur la façon avec
laquelle il faut considérer cet écoulement sanguin.
-Malik
et Ach-Chafi’i admettent qu’une femme enceinte puisse être réglée,
et l’admettent d’autant plus volontiers si l’écoulement sanguin
survient au moment où la femme devrait avoir ses règles. Pour eux
donc, les règles ne sont pas incompatibles avec l’état de la
femme enceinte.
-Si
Ach-Chafi’i la considère comme réglée pendant toute la durée
habituelle de ses règles, il y a par contre des malékites qui
n’admettent pas qu’une femme enceinte puisse être réglée
pour eux, ce sang ne doit pas être considéré comme des règles.
-Abou
Hanifa, Ahmad Ibn Hanbal, Ath-Thawri et d’autres juristes ne
considèrent pas ce sang comme des règles, mais comme un saignement
maladif.
-Le
plus grand nombre des juristes musulmans considèrent le sang
survenant chez une femme enceinte, non comme des menstrues, mais
comme des pertes pathologiques. Nous retrouvons la même attitude
dans la médecine contemporaine qui conseille à la femme enceinte,
en cas de pertes de sang, de se faire examiner au plus vite par une
doctoresse, car la perte de sang peut être le signe d’une menace
d’avortement, d’une grossesse extra-utérine ou d’un placenta
mal situé, et donc nécessiter des soins ou des précautions
particulières. Quant aux éventuelles (et rares) pertes de sang
survenant à l’époque des règles théoriques chez une femme
enceinte, elles auraient un aspect tout à fait différent du sang
des règles.
Contrôle
des règles
Ainsi
que nous l’avons expliqué lors de l’analyse de l’acception
juridique du terme de «haïd» (règles, menstrues), une des
conditions pour considérer le sang vaginal comme du sang de
menstrues est que la femme soit en bonne santé. Par ailleurs, l’écoulement
sanguin, à une date bien précise et pour une durée déterminée
dans le cycle menstruel est en lui-même signe de bonne santé.
C’est pourquoi les juristes musulmans n’autorisent pas la femme
à utiliser des médicaments pour empêcher l’écoulement du sang
menstruel, ou pour en accélérer ou en hâter l’arrivée en
effet, il y aurait là atteinte à sa santé, or la préservation de
la santé est, en Islam, une obligation «wajib».(source numéro 9)