FÉMINITÉ

Les Lochies

 Définition littérale
 

Les termes « nafissat », « nafassan », « nafassatan » et « niffassan » s’appliquent à la femme qui a accouché. On emploie également le terme de « noufissat », et on qualifie alors la parturiente de « noufassa’ ». Ainsi, « an-nifass » signifie l’état dans lequel se trouve la femme après l’accouchement.

 Acception juridique
 

Le terme « an-nifass » désigne, du point de vue juridique, l’écoule­ment de sang utérin qui survient soit peu avant l’accouchement, soit pendant, soit après 1’accouchement.

 Durée de l’écoulement du sang « nifass »
 

Il est utile de connaître la durée d’écoulement du sang des lochies « nifass », à cause de leur incidence sur les droits de Dieu (en matière de pratiques cultuelles), ainsi que sur les droits des époux (en matière de rapports sexuels, de divorce,...). Voici comment ont été définies leurs limites par les différentes écoles juridiques.

  Début des lochies
 

- Les malékites considèrent comme sang de lochies « nifass » le sang qui s’écoule pendant et après l’accouchement. Pour eux, tout sang qui s’écoulerait avant l’accouchement ne serait pas du sang de lochies, mais du sang de règles. Dans le cas de jumeaux, ils admettent qu’une partie des « nifass » puisse s’écouler avec le premier-né, et le reste avec le puiné.

- Pour les hanbalites, le sang qui s’écoule deux ou trois jours avant l’accouchement, avec les premières contractions utérines, ainsi que le sang qui coule pendant et après l’accouchement, sont considérés comme sang de « nifass ».

- Les chafi’ites ne considèrent comme sang de « nifass », que le sang qui s’écoule une fois que l’utérus est vidé, après la naissance de (ou des) enfants. Ainsi, si du sang s’écoule, alors qu’apparaît une partie (petite ou grande) du corps de l’enfant qui naît, les chafi’ites ne con­sidèrent pas ce sang comme « nifass ». De même, pour eux, le sang qui précède les premières contractions utérines (avant le déclenchement de l’accouchement) n’est pas du sang de lochies, mais du sang de menstrues. En cas de naissance gémellaire, le sang qui survient après la naissance du premier-né est déjà considéré comme sang de lochies.

- Pour les hanafites, le sang de lochies est du sang qui s’écoule de l’utérus après l’apparition de la majeure partie du corps de l’enfant qui naît ou après sa naissance. Tandis que le sang qui s’écoule avant l’accouchement ou avant l’apparition d’une petite partie du corps de l’enfant, est considéré comme sang d’hémorragie « istihada ».

  Durée minimale d’écoulement des lochies
 

Aucune des quatre écoles juridiques ne fixe de limite minimale à la durée d’écoulement du sang de « nifass » il y a donc unanimité pour admettre que ce sang peut éventuellement s’écouler avec l’accouchement puis s’arrêter définitivement très rapidement.

  Durée maximale d’écoulement des lochies
 

Oum Salama (Que Dieu soit satisfait d’elle) a rapporté que la femme en couches admettait une durée de quarante jours et quarante nuits pour ses lochies, à l’époque du Prophète(salut et bénédictions d'Allah sur lui). (Abou Daoud)

- L’imam Malik a enjoint à la femmes d’admettre une durée maximale de 60 jours pour I’écoulement des lochies, mais de questionner les femmes de son entourage sur ce point.

- L’imam Abou Hanifa a admis une durée maximale de 30 jours dans une opinion qu’il a émise, et de 40 jours dans une autre opinion. Il a aussi suggéré qu’elle questionne les femmes de son entourage et, si elle dépasse la durée de leurs lochies, qu’elle se considère comme atteinte de métrorragie.

- L’imam Chafi’i a admis une durée maximale de 60 jours.

- L’imam Ibn Hanbal a, lui, admis une durée maximale de 40 jours. L’opinion prédominante à ce sujet est que la durée maximale d’écoulement du sang des lochies « nifass » est de 40 jours.

Nous pouvons attirer toutefois l’attention sur le fait que la femme

accoutumée aux lochies (qui a déjà accouché plusieurs fois) doit se baser avant tout sur son expérience, et sur l’avis médical, pour déterminer si elle a dépassé le délai maximal d’écoulement des lochies, et pour savoir s’il s’agit encore de lochies, ou si c’est de la métrorragie.

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cas particulier en matière de lochies

 

La césarienne

- L’école hanafite, qui s’est exprimée sur ce sujet, stipule que si, à la suite d’un accouchement par césarienne, la femme constate un écou­lement de sang utérin, elle doit le considérer comme des lochies « nifass ». Par contre, si elle ne constate aucun écoulement de sang utérin, elle doit se considérer comme étant en état de pureté « tohr ».

 

La fausse couche et l’enfant mort-né

- Les hanafites disent que si, lors de l’expulsion, on peut distinguer une partie du corps de l’enfant, comme par exemple un pied, le sang qui suit est considéré comme sang de lochies.

- Les chafi’ites stipulent que, même si l’embryon n’était qu’au stade du caillot « alaqa » ou du morceau de chair à la fois formé et informe « moudgha », lorsque la femme a fait la fausse couche, cette dernière est considérée comme étant en période de « nifass » (lochies).

- Les hanbalites considèrent que si la fausse couche intervient alors que le foetus commence à prendre forme, le sang est considéré comme sang de lochies ; par contre, si la fausse couche survient lorsque l’embryon n’est qu’au stade d’amas cellulaire « noutfa », de caillot « alaqa » ou de morceau de chair à la fois formé et informe « moudgha », le sang est considéré comme sang de métrorragie « istihada ».

 

L’accouchement sans sang

La majorité des savants « joumhour », a l’exception des hanbalites, stipulent que, dans ce cas, il faut se référer à ce à quoi la parturiente est accoutumée si elle est habituée à ce que son sang de lochies ne coule que pendant la durée minimale, elle doit se considérer comme étant déjà en état de pureté, et se laver le corps « ghoss1 ».

 

Les lochies par intervalles

Si la femme voit ses lochies interrompues par une période de puri­fication « tohr », avant que ne reprenne l’écoulement des lochies, dans quelle catégorie entre-t-elle ?

- Les malékites ont énoncé que, si la période d’interruption des lochies est d’au moins 15 jours, le sang qui survient ensuite n’est plus consi­déré comme sang de lochies, mais bien comme sang de menstrues. Mais si la période d’interruption est inférieure à 15 jours, la femme doit la considérer comme inhérente aux lochies. Pour calculer si elle atteint la durée maximale d’écoulement des lochies, la femme ne doit cependant pas prendre ces jours de pureté en compte elle ne doit additionner que le nombre de jours d’écoulement sanguin. Rappelons que la durée maximale d’écoulement des lochies est, pour cette école, de 60 jours. Pendant la période d’arrêt de l’écoulement san­guin les malékites enjoignent à la femme concernée de se laver le corps « ghossl» et de s’acquitter de ses obligations cultuelles.

- Les hanafites considèrent la parturiente comme « noufassa » (ayant des lochies) jusqu’à la fin de l’écoulement des lochies. Si elle est purifiée avant d’avoir atteint le délai maximal d’écoulement des lochies (qui est de 30 ou de 40 jours, selon les opinions, dans cette école), puis, après un minimum de 15 jours de pureté « tohr», voit a nouveau du sang, ce sang est considéré comme sang de menstrues « haid » sauf si cette femme n’a pas de règles fixes et connues ; dans ce dernier cas, le sang qui revient après l’interruption est considéré comme sang de métrorragie.

- Chez les chafi’ites, une interruption ne marque pas la fin des lochies, si cette interruption est inférieure à 15 jours il en est ainsi aussi longtemps que la femme n’a pas atteint la durée maximale des lochies (qui est, pour cette école, de 40 jours). Si cette période de purification « tohr » dure au moins 15 jours, la femme doit se considérer comme purifiée ; tout écoulement de sang utérin survenant ensuite sera con­sidéré comme sang de règles.

- Pour les hanbalites, l’important est de prendre en compte le début et la fin des lochies : toute interruption est considérée comme faisant partie de la période des lochies, et il faut prendre en considération ces jours de pureté pour savoir si la femme n’a pas dépassé la durée maximale des lochies. Par contre, pendant cette interruption, la femme doit se laver le corps « ghossl », se considérer comme étant en état de purification cyclique et s’acquitter de ses obligations cul­tuelles et autres.

 

Cas où les lochies perdurent

L’opinion de l’ensemble des juristes « joumhour » est que, si le sang qui survient chez la femme à la suite d’un accouchement perdure au-delà de la durée maximale légale des 1ochies, ce sang doit être considéré comme sang de métrorragie « istihada ».

Les hanafites ont ajouté que si cette femme est accoutumée, en matière de lochies (si, donc, elle n’en est pas à son premier accouche­ment), elle doit s’alligner sur sa période de lochies habituelles.

 

Les lochies et les pratiques religieuses

 

Lochies et purification

La purification « tahara » est une condition pour accomplir les pra­tiques religieuses obligatoires aussi bien que volontaires. La femme en période de lochies ne peut accomplir la purification aussi longtemps que l’écoulement du sang de lochies n’a pas cessé. Rappelons ici que si l’écoulement de sang dépasse la durée maximale légale des lochies, ce sang n’est plus considéré comme sang de lochies, mais de métrorragie.

 

Une fois la période de lochies « nifass » terminée, la femme doit procéder au lavage complet de son corps « ghossl », à l’exemple du lavage accompli à la fin des menstrues, tout en formulant l’intention « niyya » qu’elle accomplit ce lavage pour pouvoir sortir de l’état d’impureté où l’avaient mise les lochies, et pour pouvoir accomplir les pratiques cultuelles.

 

Remarquons que, durant la période de lochies, la femme peut bien évidemment se laver le corps ou faire des ablutions dans un but de pro­preté et d’hygiène ; mais elle ne peut le faire dans l’intention d’accom­plir une purification rituelle.

 

 

Lochies et pratiques religieuses

Lorsqu’elle est en période de lochies, la femme doit s’alignera sur la femme en période de menstrues, pour tout ce qui est des pratiques cul­tuelles et des actes d’adoration, aussi bien obligatoires que volontaires.

 

Les lochies et les rapports conjugaux

Les lochies et les rapports sexuels

- Les hanafites disent que les rapports sexuels sont interdits jusqu’à ce que les lochies s’arrêtent, même si elles vont jusqu’à la durée maxi­male de 40 jours. Par contre, une fois les lochies terminées, la femme n’est pas obligée d’attendre de s’être lavé le corps « ghossl » pour avoir des rapports sexuels avec son mari.

- Les hanbalites permettent à l’homme de jouir de tout le corps de sa femme, lorsqu’elle à les lochies, sans qu’une étoffe « izar » ne sépare leurs corps, à condition qu’il n’y ait pas pénétration vaginale, car c’est un acte interdit « haram ».

- Les malékites permettent le flirt et les jeux amoureux à la femme qui est en période de lochies, mais interdisent formellement le coït.

- Les chafi’ites partagent l’opinion des malékites.

 

 

Les lochies, le divorce et le délai de viduité « idda »

Le divorce prononcé lorsque la femme est enceinte est valable, mais le délai de viduité de la femme « idda » ne prend fin qu’à l’accouche­ment, à la suite de quoi elle peut disposer d’elle-même et contracter mariage. Dieu Le Très-Haut dit à ce sujet : « Quant à celles qui sont enceintes, elles ont pour terme celui où el1es accoucheront.. ». (Sourate 2 , verset 4)

 

Allah, (qu’Il soit loué), est, certes, 1’Omniscient.

Que la paix et le salut soient sur le dernier Messager d'Allah,

Mohammad Ibn Abd-Allah.